Salon avec deux suspensions en rotin et un lampadaire près d’un fauteuil

Bien éclairer son intérieur : pourquoi la lumière se pense dès la conception

On pense souvent à l’éclairage assez tard dans un projet de rénovation.

On commence à réfléchir au plan, à l’aménagement, aux couleurs et aux matériaux… puis vient souvent la question des luminaires : une suspension ici, quelques spots là, une lampe près du canapé…

Pourtant, bien éclairer un intérieur ne consiste pas simplement à y mettre suffisamment de lumière.

Il s’agit de prévoir la lumière dont vous aurez besoin, là où vous en aurez besoin, au moment où vous en aurez besoin.

Parce qu’une même pièce peut accueillir des activités très différentes au cours d’une journée.

Et parce que la lumière ne sert pas uniquement à voir.

Elle participe à notre confort, transforme notre perception des volumes, révèle les couleurs et les matières et contribue profondément à l’atmosphère d’un intérieur.

C’est pourquoi elle mérite d’être pensée dès la conception du projet, bien avant de choisir les luminaires.

1) Une pièce lumineuse n’est pas nécessairement une pièce bien éclairée

Une grande baie vitrée, une belle exposition et beaucoup de lumière naturelle sont évidemment des atouts.

Pour autant, une pièce très lumineuse en journée peut devenir beaucoup moins agréable dès que le soleil disparaît.

À l’inverse, multiplier les points lumineux ne garantit pas davantage un bon éclairage.

Imaginez un salon éclairé par un puissant plafonnier.

La pièce est objectivement très éclairée.

Pourtant, lorsque vous vous installez dans votre fauteuil pour lire, votre livre reste dans la pénombre.

Ou lorsque vous regardez un film, cette même lumière devient beaucoup trop présente.

La quantité de lumière ne suffit donc pas.

Son emplacement, sa direction, son intensité et la façon dont elle se répartit dans l’espace comptent tout autant.

La première question n’est donc pas :

Combien faut-il de luminaires dans cette pièce ?

Mais plutôt :

De quelle lumière aurons-nous besoin pour ce que nous allons y faire ?

2) Commencez par ce que vous faites, pas par les luminaires

Avant de choisir une suspension, des spots ou des appliques, commencez par identifier les activités qui vont réellement avoir lieu dans la pièce.

Prenons quelques situations très simples.

Vous cuisinez le soir.

La cuisine paraît correctement éclairée, pourtant votre corps crée une ombre exactement à l’endroit où vous découpez les aliments.

Le problème n’est pas nécessairement le manque de lumière dans la pièce.

C’est la lumière qui n’arrive pas au bon endroit.

Même chose dans une salle de bain.

Un éclairage placé uniquement au plafond peut parfaitement illuminer la pièce tout en créant des ombres sur votre visage lorsque vous vous regardez dans le miroir.

Dans le salon, vous aurez peut-être besoin d’une lumière adaptée à la lecture près d’un fauteuil, d’une lumière plus douce lorsque vous regardez la télévision et d’une autre encore lorsque vous recevez.

Autour de la table, il faut pouvoir voir confortablement ce que l’on mange sans avoir l’impression de dîner sous un éclairage de bureau.

Chaque activité pose donc une question différente.

Bien éclairer commence par comprendre ce qui va se passer à chaque endroit de la pièce.

3) Une même pièce a rarement besoin d’une seule lumière

C’est particulièrement visible dans les pièces qui accueillent plusieurs usages.

Prenons un séjour.

À certains moments, toute la famille y est réunie.

À d’autres, une personne lit pendant qu’une autre regarde la télévision.

On y reçoit des amis.

On y joue avec les enfants.

On peut y travailler ponctuellement.

Et le soir venu, on souhaite parfois simplement créer une atmosphère plus douce.

Une seule source lumineuse peut difficilement répondre correctement à toutes ces situations.

C’est là que les différents niveaux d’éclairage prennent tout leur sens.

Un éclairage général permet de se déplacer et d’avoir une bonne visibilité d’ensemble.

Un éclairage plus ciblé accompagne une activité précise : lire, cuisiner, travailler, se maquiller…

Et d’autres sources, plus douces ou indirectes, permettent de modifier l’atmosphère de la pièce.

L’objectif n’est pas de multiplier les luminaires pour le principe.

Il est de pouvoir utiliser la lumière différemment selon ce que vous êtes en train de vivre.

C’est aussi pour cela que les variateurs peuvent être particulièrement intéressants : une même source lumineuse peut ainsi évoluer selon le moment de la journée et l’ambiance recherchée.

4) La lumière transforme aussi la perception de votre intérieur

La lumière ne révèle pas seulement les objets.

Elle modifie la façon dont nous percevons l’espace lui-même.

Une matière texturée éclairée de face peut paraître relativement uniforme.

Éclairée différemment, ses reliefs apparaissent.

Un mur coloré ne donnera pas exactement la même impression selon la lumière qu’il reçoit.

Certaines zones laissées plus douces peuvent créer de la profondeur, tandis qu’un mur mis en lumière peut donner une toute autre perception de la pièce.

Une bibliothèque, une œuvre, un élément architectural ou un beau matériau peuvent également prendre une toute autre présence lorsqu’ils sont mis en lumière.

C’est particulièrement important lorsque l’on choisit les couleurs.

Une couleur observée sur un échantillon en magasin ne sera jamais perçue exactement de la même manière chez vous.

La lumière naturelle varie selon l’orientation de la pièce, l’heure de la journée, la saison et même la météo.

La lumière artificielle vient ensuite, elle aussi, modifier notre perception.

Choisir une couleur sans observer la lumière qui l’accompagnera revient donc à n’en voir qu’une partie.

5) Pensez à la façon dont votre maison change de lumière au fil de la journée

Nous n’habitons pas notre maison sous une lumière constante.

Le matin, certaines pièces reçoivent directement le soleil tandis que d’autres restent plus douces.

À mesure que la journée avance, la lumière se déplace.

Puis vient un moment où la lumière naturelle disparaît complètement et où l’éclairage artificiel prend le relais.

Une pièce très agréable à 15 heures peut alors changer totalement de visage à 20 heures.

C’est particulièrement perceptible en hiver, lorsque nous vivons davantage sous lumière artificielle.

Observer ces variations permet de réfléchir autrement à l’éclairage.

Où manque-t-il naturellement de lumière ?
Quelles activités ont lieu à ce moment-là ?
Souhaitez-vous conserver une lumière suffisamment dynamique pour travailler ou préparer le repas ?
Ou cherchez-vous au contraire à accompagner progressivement la maison vers une ambiance plus calme en soirée ?

La possibilité de varier l’intensité de certaines sources permet justement d’adapter la lumière à ces différents moments, plutôt que de demander au même éclairage de répondre à toutes les situations.

6) En rénovation, l’éclairage doit être pensé avant le plan électrique

C’est probablement le point le plus important lorsqu’on rénove.

On pourrait être tenté de commencer par placer les prises, les interrupteurs et les sorties électriques sur un plan.

Pourtant, avant de décider où installer une source lumineuse, il faut savoir ce qui va se passer à cet endroit.

Si l’emplacement de la table n’est pas arrêté, où positionner précisément la suspension ?

Si vous ne savez pas encore où se trouvera le fauteuil dans lequel vous aimez lire, comment prévoir l’éclairage qui l’accompagnera ?

Si l’emplacement et les dimensions du miroir de la salle de bain ne sont pas définis, où prévoir les alimentations des appliques ?

Si un meuble sur mesure doit intégrer son propre éclairage, celui-ci doit être pensé en même temps que le meuble.

L’éclairage dépend donc directement de l’aménagement.

Et l’installation électrique dépend ensuite de cet éclairage.

Le plan d’éclairage ne devrait pas déterminer l’aménagement. C’est l’aménagement et les usages qui devraient déterminer le plan d’éclairage.

C’est précisément pour cette raison que ces décisions gagnent à être prises pendant la conception.

Une fois les doublages réalisés, les plafonds terminés ou les peintures faites, découvrir qu’une sortie électrique aurait dû se trouver cinquante centimètres plus loin peut demander des reprises inutiles.

Anticiper permet au contraire de prévoir les bons points lumineux au bon endroit et de faire correspondre l’installation électrique à la façon dont l’intérieur sera réellement utilisé.

Un bon éclairage est souvent celui auquel on ne pense plus

Vous entrez dans la salle de bain et votre visage est correctement éclairé.

Vous préparez le repas sans travailler dans votre propre ombre.

Vous vous installez pour lire et allumez simplement la lampe située près de vous.

Vous recevez des amis et, lorsque le dîner se prolonge, quelques lumières plus douces suffisent à changer l’atmosphère de la pièce.

Rien de spectaculaire.

Et c’est justement ce qui rend l’éclairage réussi.

Vous avez simplement la lumière dont vous avez besoin, là où vous en avez besoin.

Puis, lorsque les besoins changent, la lumière peut changer avec eux.

Parce qu’éclairer un intérieur ne consiste pas seulement à rendre l’espace visible.

C’est accompagner tout ce qui s’y vit.